29/04/2008

Bio, pas bio, ça ce goûte ... oui, oui, et ça ne coûte ...

Ambiance des grands jours SLOW-FOOD à l'atelier COOKING TIME de Bruxelles le dimanche 20 avril dernier !

Le convivium KARIKOL de Bruxelles avait invité ce jour-là ses membres et sympathisants à une conférence sur le thème:  BIO, PAS BIO, ça se goûte ?

Le bio est-il nettement plus cher et la différence de prix se justifie-elle par un autre goût et une meilleure qualité sanitaire ? C'est la question pertinente que se posent les consommateurs responsabilisés que - vous et moi - percevons de plus en plus la nécessité de devenir. On nous propose chaque jour sur le marché des produits "bio" dont, si ce n'est une substantielle différence de prix, on ne perçoit pas immédiatement et tangiblement la qualité et les avantages réels.

Pour nous éclairer dans nos choix, le conférencier invité ce soir-là par KARIKOL n'était autre que le sympathique Philippe Renard, grand cuisinier belge rentré au pays après une belle carrière internationale pour réorganiser de façon presque révolutionnaire la restauration collective au sein de l'entreprise Ethias, troisième groupe d'assurances de Belgique.

20080420 Slow Food Philippe Renard 034

L'enjeu, c'est la réappropriation de notre alimentation dans un cadre budgétaire durablement supportable. L'enjeu, c'est encore de ne pas être condamnné irrémédiablement à devoir consommer des ingrédients "faciles", "préparés" et "standardisés", bourrés de conservateurs, de pesticides et d'une multitude de substances dont l'innocuité est de plus en plus douteuse. C'est là tout le combat personnel de Philippe Renard; et son engagement ne doit rien à une mode. Le personnage n'est ni mièvre, ni mercantile.

Philippe est aussi, depuis peu, le Président du nouveau convivium SLOW FOOD liégeois "Liège, univers du goût", dont on est en droit d'attendre de grandes choses dans la lutte contre la "malbouffe" et dans la revalorisation des produits traditionnels de sa région.

Le chef est un homme imposant, en pleine force de l'âge, avec une stature d'athlète. On ne peut s'empêcher de tomber sous le charme de son discours passionné, son audace, sa détermination, sa créativité culinaire réelle et ... son franc-parler! Il a la force irrésistible de ceux qui disent le vrai et le vécu.

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Je souris en imaginant, qu'aux fourneaux de son entreprise, Philippe n'est certainement pas de ceux qui acceptent sans broncher les injonctions de sa hiérarchie administrative et financière! Mais entre lui et son entreprise le deal est clair : 3,60 euros ! Vous avez bien lu, 3,60 euros ! C'est le budget dont dispose Philippe pour préparer un repas entrée-plat-dessert qui satisfasse jour après jour chaque membre du personnel qui vient s'asseoir à la cantine et qu'il faut satisfaire.

Ne pensez pas que cela soit impossible. Philippe réalise cette performance quotidiennent en utilisant ... 82% de produits bio frais !!! Qui eut cru - si Philippe ne l'avait démontré concrètement - que relever un tel défi était compatible avec la vie et la logique d'un entreprise ? 

Pour réussir cette performance, il y bien sûr les économies d'échelle que permettent la cantine. Philippe peut acheter en quantité importante là où il l'entend, et déterminer lui-même son meilleur rapport qualité/prix. Mais parmi ses autres gros atouts, le chef du jour connaît parfaitement le calendrier des récoltes saisonnières et a parfaitement compris tous les avantages - gustatifs, diététiques et économiques - qu'il y a à le respecter. A la cantine d'Ethias, la biodiversité alimentaire trouve son compte, et c'est porteur d'espoir!

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Prenons le cas d'un potage. En le préparant avec des légumes bio, Philippe paie évidemment plus cher que s'il achetait des légumes issus de la grande distribution. Mais la différence de prix est à peu près compensée parce que 18 kg de légumes bio suffisent, alors qu'il lui faudrait 25 kg de légumes de la grande distribution pour atteindre le même résultat en terme de goût.

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La préparation d'une entrée ? Philippe utilise par exemple du vrai jambon d'Ardenne, plus cher certes, mais tellement plus goûteux qu'il en faut moins. De plus, la fabrication de ce type de jambon est moins traficotée et reste à échelle humaine. Pas besoin d'emballages sophistiqués et surperflus pour le conditionner.

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Un plat de poisson ? Le saumon bio coûte environ un tiers du prix en plus que le saumon ordinaire. Ce surcoût de départ, Philippe le maîtrise en réduisant la quantité d'un tiers. Mais oh miracle! cette portion réduite s'avère procurer naturellement une plus grande sensation de satiété que le saumon non bio.

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Des saveurs aromatiques pour vos plats. Oubliez les "petits cubes" et favoriser les herbes qui poussent spontanément autour de chez vous. Un soupe aux orties, une salade à l'alliaire, un confit de violettes odorantes, une gelée de sureau, c'est à la portée de quiconque veut se donner la peine d'aller les récolter en saison sur les lieux non pollués qui subsistent encore. Philippe Renard nous montre le bon l'exemple; il avait  apporté notamment - pour nous concocter un délicieux menu en gestes experts et rapides - de l'ail des ours qu'il était aller cueillir lui-même le matin dans son terroir du pays de Liège. Un délice de fraîcheur et de goût qui ne coûte que ... plaisir de le cueillir.

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Pour le dessert, une simple mousse au chocolat. Mais qu'elle mousse, mes amis ! Et réalisée en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Un des secret de cette mousse : surtout pas de sel dans la préparation, insiste Philippe, sans craindre un instant d'affirmer le contraire de ce qu'on lit dans à peu près tous les livres de cuisine. Et il explique bien entendu la réaction défavorable que cette pincée de sel malvenu aurait sur les oeufs au cours de la préparation !

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Je pourrais multiplier ainsi les exemples concrets que nous donne le chef. Mais la réponse à notre question émerge déjà : le bio, c'est plus cher à l'achat ... mais - avec un peu de discernement bien entendu - ce n'est pas vraiment plus cher que le non bio. Alors ....

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L'approvisionnement bio s'inscrit idéalement dans l'économie de proximité. La proximité, c'est la convivialité. La filière courte limite le suremballage, favorise la fraîcheur et privilégie le goût des aliments.

Philippe Renard n'a rien dit ce soir là qu'il n'ait prouvé. Les dégustations qu'il nous a servies ont séduit tous les participants. Et Philippe c'est fait beaucoup, beaucoup de nouveaus amis ... prêts à lui emboîter le pas.

Pour ceux qui ont manqué cet événement Slow Food KARIKOL, il y aura de quoi éprouver de la frustration. Pour ma part, je souhaite que Philippe revienne rapidement animer une nouvelle réunion de ce type pour le plus grand plaisir de tous. Avis à l'intéressé et aux membres de notre comité organisateur !

José

http://lesjardinsdepomone.skynetblogs.be

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28/04/2008

Aromatiques : la SAUGE à toutes les sauces

20080428 002 Sauge tricolore
Sauge panachée (Salvia officinalis tricolor)

(Copyright: Les Jardins de Pomone)

 

La sauge à toutes les sauces 

Mais pourquoi, bon sang, tant de cordons bleus sont-elles aussi timides lorqu'il s'agit d'utiliser la sauge comme plante aromatique ? 

Parmi nos amis cuisiniers, le chef Roberto Pintus (Restaurant Le Max, à Bruxelles) est l'un de ceux qui a le mieux compris et sait admirablement équilibrer le goût spécifique de la sauge officinale avec d'autres ingrédients. Oui, bien sûr, il y a ses origines sardes et toute sa carrière gastronique en Suisse pour expliquer cette maîtrise dans l'utilisation de la sauge. Mais il y a surtout, chez Roberto, cette culture instinctive, intuitive,  qui lui fait reconnaître de suite le vrai produit naturel et la bonne manière de le combiner et le doser avec ses autres ingrédients. Cet art subtil là, aucun livre ne pourra jamais l'enseigner vraiment à qui que ce soit. Pourtant Roberto, qui en parle très  peu, le maîtrise à fond. 

Who - Roberto du Max 02 (mad-du-max.skynetblogs.be)

Les plats de viande et de poisson du Max sont d'une rare qualité gustative, forts originaux et proposés à des prix très, très abordables. Si les hôtes de Roberto n'identifient pas nécessairement les nombreuses plantes aromatiques mariées amoureusement  par le chef, ils se laissent séduire par le bon goût et le parfum appétissant du plat qu'ils ont choisi. Anne et moi savons que la sauge, judicieusement utilisée, est une valeur sûre de la cuisine de Roberto. Pas étonnant que le restaurant Le Max ne désemplisse pas et qu'il faille presque toujours y réserver sa place. 

Le genre botanique sauge appartient à la famille très représentée des lamiacées (ou labiées), qui comprend aussi les menthes, les sarriettes ou les thyms. On en aurait indentifié huit à neuf cent variétés de par le monde; encore un exemple de cette formidable biodiversité que la nature nous offre et que nos comportements de consommation irresponsabilisés mettent en péril. C'est déjà une performance de pouvoir acheter quelque brins d'une variété de sauge dans un magasin, mais je ne vous dis pas la tête du commerçant si vous lui demandiez de préférence de la Sclarée alba ou de la Sauge odorante fuscine !!!

La plus grande part de ces centaines de variétés de sauges ne sont pas utilisées comme plantes condimentaires; mais la beauté et la diversité de leurs  feuillages et de leurs fleurs les font apprécier comme plantes décoratives.

En cuisine, on peut distinguer 3 groupes de sauges :


1. Les sauges officinales (Salvia officinalis Linné)

Ces sauges officinales sont souvent désignées encore localement sous des noms évocateurs, comme : Thé d'Europe, Thé de France, Thé de Grèce, Thé de Provence, Thé sacré, Herbe dalmate, Herbe sacrée, Salel, Sales, Saoule, ...

Les feuilles, duveteuses, utilisées fraîches ou sèches, peuvent être préparées utilement en infusions théiformes aux vertus antisudorale, stomachique et tonique. On peut aussi les faire macérer dans du vin rouge.

Recette du vin de sauge

80 gr de feuilles pour un litre de vin et du miel selon votre goût,  à mélanger puis faire macérer pendant huit jours avant de filtrer et d'embouteiller. Un petit verre de vin de sauge, c'est souverain contre le cafard !)

Les fleurs, qui s'épanouissent en juin-juillet, sont très mellifères et fort intéressantes dans notre alimentation. Elles peuvent agrémenter délicieusement les salades et les farces, et mériteraient certainement une plus grande faveur dans la cuisine des fleurs. Si ce n'est la difficulté d'approvisionnement, je ne vois vraiment pas pourquoi elles ne sont pas utilisées davantage par les gourmets.

La sauge donne une note méridionale à vos méli-mélo de légumes, et accompagne avantageusement les plats de fèves, haricots, pois, lentilles ... avec une action digestive semblable à celle de la sarriette. Cette action contre la flatulence peut être utilisée astucieusement pour la cuisson de topinambours, par exemple. Quelques feuilles ajoutées dans l'eau de cuisson suffisent à neutraliser cet effet redoutable pour certaines personnes. 

Les farces et marinades préparées avec de la sauge officinale avant d'être cuites au four, les rôtis de viandes, certains fromages tirent d'énormes avantages gustatifs lorqu'un peu de sauge leur est associée.

 

2. Les sauges sclarées (Salvia sclarea Linné)

Ces variétés sont moins nombreuses, quoique leurs vertus étaient si bien connues depuis des siècles dans les milieux ruraux qu'on les apellait sans ambiguité les "Toutes bonnes". Leurs feuilles sont cloquées. Le goût des sauges sclarées est nettement musqué. Feuilles,  fleurs et huile essentielle de la sauge sclarée sont utilisées depuis longtemps pour aromatiser certaines liqueurs ou des vins cuits du genre vermouth.

Comme pour la sauge officinale, les feuilles - utilisées fraîches ou séchées - parfument les viandes (agneau, porc, veau, lapin, biche, sanglier, gibier à plumes, volailles) et les poissons gras.

 

3. Les sauces "américaines"

Dans ce groupe figurent les sauges-ananas, qui ont su conquérir une réelle faveur après des connaisseurs en cuisine ses dernières années. Avec leur goût et leur odeur d'ananas, ces sauges (Salvia rutilans et Salvia elegans) agrémentent les desserts avec beaucoup de noblesse naturelle : gâteaux, pâtisseries, salades de fruits ...

20080428 008 Sauge ananas
Sauge-ananas 'Scarlet Pineapple' (Salvia elegans)

(Copyright: Les Jardins de Pomone)

Mais ce groupe comprend encore d'autres variétés spéciales, telles la sauge odorante, la sauge à goût de cassis ou la sauge fuscine. Ces variétés, originaires du Mexique et de l'Amérique centrale, se recommandent toutes particulièrement pour les desserts, mais pas exclusivement.


J'ai pensé qu'il était utile à la compréhension générale de faire une distinction entre les variétés de sauge en établissant ces trois groupes. (C'est toujours un peu arbitraire, n'est ce pas Franck !?). Dans les limites que m'impose ce billet, je ne parlerai plus à présent que de la sauge officinale proprement dite, celle qui est la mieux connue et la plus utilisée, et qui pousse spontanément ou subspontanément dans tout le bassin méditerranéen.

La sauge officinale est une plante vivace qui forme de petits arbrisseaux semi-frutescents (= moyennement ligneux) pouvant atteindre 50 à 60 cm de hauteur. Son feuillage est persistant, surtout lorsque la plante est cultivée au Sud de la Loire. Ici en Brabant, le feuillage résiste lorsque l'hiver n'est pas trop rigoureux. Mais la plante périt lorsque les températures descendent en dessous de 7° C.  Les feuilles - souvent panachées - offrent une grande variété de couleurs du plus bel effet décoratif. De même, selon la variété, la forme et la couleur des fleurs sont très diversifiées. Ces dernières peuvent être blanches, roses, mauves ou bleues dans d'innombrables de nuances.

La sauge tire son nom du latin salvere, qui signifie guérir et de salvare qui signifie sauver. C'est une référence aux multiples fins médicinales pour laquelle on pouvait l'utiliser.

Chez les Romains, la sauge était l' "herbe sacrée". On lui reconnaissait le pouvoir de désinfecter les plaies, de calmer la douleur ou de calmer les nerfs. Mais elle n'avait pas d'usage culinaire. Ce n'est qu'au Moyen-âge que la sauge est devenue également un condiment.

Actuellement, sur le plan médicinal,on attribue à la sauge de réelles propriétés coagulantes et antiseptiques.

La tisane ou "thé" de sauge permet de soigner les infections de la bouche et de la gorge. Cest un moyen facile, naturel et rapide de guérir les aphtes et l'inflammation des gencives.

A noter: on constate une saveur nettement moins forte (moins camphrée) de la plante lorsqu'elle est cultivée au Nord de la Loire. Celle qui, par contre, pousse dans les garrigues du Midi à une saveur plus forte, plus camphrée et plus amère.

Il est préférable d'utiliser les feuilles fraîches. Elles sont pourtant beaucoup utilisées séchées, et leur saveur est plus forte sous cette forme. Ce sont les jeunes feuilles nouvelles du printemps qu'il faut récolter, juste avant la formation des épis de fleurs. De la fin avril aux Saints-de-Glace, la récolte sera idéale sur le plan du goût. Faites sécher vos feuilles en les suspendant dans un endroit sec et aéré.

Le goût de la sauge évoque celui du camphre; mais il se marie bien avec celui de l'oignon, surtout lorsqu'ils sont hachés ensemble pour agrémenter les salades.

Vous le savez, Anne et moi sommes d'enthousiastes amateurs de plantes aromatiques et nous aimons par dessus tout faire partager cet enthousiasme au plus grand nombre d'entre vous. Je n'hésite cependant jamais à vous en faire connaître les contre-indications s'il y a lieu.

Si la consommation de sauge officinale est, par exemple, très conseillée aux personnes diabétiques, il faudra, dans tous les cas la consommer avec une certaine modération. Ce n'est pas un légume, mais un condiment ! L'huile essentielle et camphrée extraite de cette plante peut contenir plus de 50% de thujone, qui est une substance hallucilogène légèrement toxique, mais néanmoins susceptible de provoquer une accoutumance.

Les nombreux produits médicinaux à base d'extraits de sauge doivent être évités par la femme enceinte, surtout pendant les premiers mois de grossesse. Mais dans notre alimention, et sous la forme de condiment, la consommation de la sauge est sans aucun danger.

Bien aromatiquement vôtre,

José

 

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Sauge violette (Salvia officinalis purpurescens)

(Copyright: Les Jardins de Pomone) 

23/04/2008

L'aspérule odorante : le secret du "Maitrank"

asperule odorante

 

L'aspérule odorante : le secret du "Maitrank" d'Arlon 

Il y a ... très, très longtemps, un 2 avril, je débutais mon service militaire par affectation à l'École d'Infanterie blindée d'Arlon, en province de Luxembourg. Cette école aujourd'hui disparue était située sur le plateau de Seymerich, qui domine la coquette petite ville gallo-romaine et ses magnifiques campagnes et bois environnants.

Dès cette époque, je me suis fidèlement attaché aux gens, aux coutumes et à l'histoire de l'Arlonnais et du pays gaumais tout proche. J'aime la culture et la mentalité particulière des habitants du "Triangle des Trois frontières", et je me sens heureux en leur compagnie.  

J'ai noué là-bas des amitiés que le temps ne peut pas effacer. La vieille veuve Collinet par exemple, qui a quitté discrètement ce monde depuis bien longtemps!  Que ne m'a pas tout appris cette vieille femme octagénaire au visage rude, à l'oeil vigilant et brillant d'intelligence sous une paupière presque close, qui avait pris en sympathie ce petit aspirant sous-officier de réserve sans expérience, si éloigné de sa famille, de ses amours et de ces amis. Elle connaissait les plantes avec une rare capacité d'identification des espèces botaniques. Pas les noms latins bien sûr, mais bien les noms populaires évocateurs de la langue française ou de son savoureux dialecte bas-lotharingien luxembourgeois.

Dans la "bibliothèque" de la veuve Collinet, deux livres: une bible et un bottin de téléphone; rien d'autre, si ce n'est la boîte de biscuit en fer blanc dans laquelle elle conservait précieusement les faire-parts des grands événements familiaux et du voisinage. Mais engrangée dans sa mémoire surprenante d'ordre et de clarté, elle avait un connaissance fiable des plantes "simples" et des champignons qui décontenançait le jeune citadin fraîchement sorti de l'université que j'étais, et qui croyait encore à cette époque que tout ce qui n'avait pas été enseigné magistralement dans un amphi avait un relent d'hérésie et ne pouvait pas être pris scientifiquement au sérieux. D'accord, je me suis amendé depuis ... 

Presque chaque jour - sauf le dimanche - la veuve Collinet arpentait inlassablement les sentiers, les talus, les haies, les sous-bois, les prairies pour récolter des plantes "bienfaisantes" qu'elle plaçait dans un panier d'osier tressé pour les ramener sur la table de sa cuisine, où elle les triait une seconde fois. 

Aspérule odorante (Asperula odorata) (lublin.lasy.gov.pl)

Il y avait là des herbes pour tout; pour le potage, pour les confitures, pour les pâtisseries, pour la pharmacopée, pour éloigner les moustiques, pour calmer les douleurs de la petite chatte en chaleur, pour écarter les taupes, les campagnols ... Elle préparait aussi de délicieux ratafias, ces étonnantes liqueurs de ménage obtenues après macération avec de herbes aromatiques, que presque plus personne aujourd'hui ne prend le temps de préparer et d'apprécier.  

Un beau jour de la fin du mois d'avril, la veuve Collinet, que j'admirais et respectais sincèrement, mais dont je me demandais avec un pointe d'inquiétude si elle n'était pas un peu versée dans la sorcellerie, me fit découvrir une petite plante aux curieuses feuilles verticillées et lancéolées étagées sur une tige quadrangulaire fine mais assez robuste. Elle l' appelait joliment la "reine des bois", le"petit muguet"  ou encore le "gaillet parfumé". De fait, l'inflorescence était formée de petits corymbes du blanc le plus pur. Et ces fleurs minuscules, très odorantes (elles contiennent de la coumarine !), dégageaient un parfum suave.

Aspérule odorante (terebess.hu)
 

J'ai su, bien plus tard, qu'il s'agissait de l'aspérule odorante (Asperula odorata Linné ou Galium odoratum Linné.) 

L'aspérule odorante est un des ingrédients indispensables à la préparation de l'une des spécialités les plus emblématiques de la région arlonnaise : le maitrank (= "Boisson de mai", en luxembourgeois). Et chaque année, au mois de mai, cette boisson saisonnière parfumée, douce et agréable à base de vin blanc, est le prétexte à des réjouissances populaires animées par une sympathique et très folklorique "Confrérie du Maitrank". (Cette année, la Fête du maitrank aura lieu les 24  et 25 mai prochain, et Anne et moi irons certainement faire un petit pélerinage à la généreuse "Fontaine du maitrank" installée pour l'occasion sur la grand'place. Avis aux amateurs!)

Maitrank (marketdraytonarlontwinning.org.uk)

Pas de maitrank sans aspérule. Le secret de son goût unique, cette boisson printanière le doit avant tout aux fleurs (idéalement, non encore écloses au moment de la cueillette) de cette plante au goût "de foin, de miel et de vanille" qui entrent dans sa préparation.

20080423 Aspérule 001

L' aspérule odorante appartient à la famille botanique des rubiacées, caractérisée par des fleurs aux pétales soudés. La plante ne dépasse pas une vingtaine de centimètres de hauteur et est souvent totalement épanouie lorsqu'elle n'a que 10 cm de haut. Ce sont d'ailleurs ces jeunes tiges, plus courtes, qu'il faut cueillir. En effet, si le feuillage persiste effectivement pendant deux ans, il devient déplaisamment coriace.

Je vous ai dit plus haut que l' aspérule odorante contient naturellement de la coumarine (comme la fève de Tonka, par exemple). Cela implique que cette plante soit, à trop forte dose, faiblement toxique. L'excès de consommation peut se traduire notamment par de légers maux de tête. Ce n'est pourtant pas une raison pour croire que, si l'on a mal de tête après avoir bu du maitrank, l'aspérule en serait plus responsable que le vin blanc assez rude et  acide (cépage Elbling, très ancien dans les vignobles des bords de la Moselle luxembourgeoise) qu'on utilise pour sa préparation.

A ce propos, Sandrine, de l'excellent blog Vins et gourmandises à récemment attiré notre attention sur les causes et les effets des teneurs élevées en soufre (Dussiez-vous en souffrir, soufre s'écrit avec un seul f ... cum grano salis !) contenues dans le vin blanc en général.

Sandrine. qui est très compétente, m'a beaucoup appris dans ce post, que je vous invite à aller lire en passant par le lien ci-après :

http://vinsetgourmandises.skynetblogs.be/archive-week/2008-14 

Le maitrank est un produit artisanal. Jadis, chaque famille bien ancrée du terroir confectionnait rituellement  "son" Maitrank, avec les fleurs qu'elle allait joyeusement récolter. Aujourd'hui, il y a quelques petits producteurs (trois, je pense !?) économiquement assez forts pour assurer une plus large distribution du produit. C'est notamment le cas du maitrank "Feller", que l'on trouve dans les grandes surfaces. Mais ce n'est à mon avis pas le meilleur.

Cette commercialisation décentralisée à quand même un effet positif. Par son originalité, le maitrank se prête bien à une utilisation gastronomique agréablement "tendance". Il existe déjà une "cuisine au maitrank" qui ne demande qu'à être développée et dont les meilleures recettes restent peut-être encore à mettre au point. Qu'attendez-vous, amis gourmets, pour explorer cette voie?

Il existe différentes recettes du maitrank traditionnel. Mais les variations ne sont que des nuances et des interprétations où le "plus" est souvent l'ennemi du "mieux". Je respecte et évoque avant tout le produit traditionnel.

 

Recette de base du maitrank traditionnel

 

    • 1 litre de vin blanc Elbling (cépage de la Moselle luxembourgeoise à préférer pour l'authenticité; mais le Rivaner ou le Riesling de Grevenmacher peuvent également convenir)
    • 12 brins d'aspérule odorante avec les fleurs non écloses.
    • 50 gr de sucre
    • 5 cl de cognac ou d'armagnac
    • 1 orange en tranches

      Laissez macérer le tout pendant deux jours, puis filtrer la macération et embouteillez.

Le vrai maitrank ne se déguste qu'en mai et en juin. Sa conservation, même dans une bonne cave, ne le bonifie pas. Marketing oblige; on trouve aujourd'hui de nouvelles variétés du maitrank, lequel est proposé aussi en version rosée ou pétillante. Je n'aime pas ces nouveaux produits, où l'opportunisme commercial tient plus de place que le bon goût authentique. Comparez vous aussi et dites-moi ce que vous en pensez. J'adore recevoir vos avis.

Le maitrank doit être servi bien frais (entre 4 et 7° C, c'est-à-dire à la température de votre frigo.). Il est délicieux servi en apéritif, avec une fine tranche d'orange fraîche. On peut aussi le consommer en accompagnement de desserts sucrés.

A votre santé,

José

 

PS :  Au cimetière d'Arlon, la modeste tombe de la veuve Collinet a disparu depuis longtemps. Mais chaque année, lorsque l'aspérule repointe du nez dans un coin à mi-ombre de notre jardin de la banlieue bruxelloise, je pense à cette femme estimable que j'ai connu et j'honore sa mémoire avec beaucoup d'émotion. 

18/04/2008

Saveurs du Midi : ORIGAN et MARJOLAINE

20080411 013 Marjolaine & Origan
Voici de jeunes plants de marjolaine et d'origan placés côte à côte. On en conviendra, la distinction est malaisée. Voici un billet pour vous aider à y voir plus clair.

Observez bien, à gauche, la marjolaine au feuillage vert plus foncé et aux tiges mauve rougeâtre; à droite, l'origan commun, vert doré, aux feuilles plus pointues ... 

 

Plantes aromatiques : A propos de l'origan et la marjolaine... 


Lorsque nous évoquons les plantes aromatiques avec nos amis, Anne et moi constatons souvent la confusion qui existe entre l'origan et la marjolaine. Rien de bien grave, puisque les feuilles de ces deux plantes sont également comestibles. Mais pour les gourmets cependant - et surtout en France - la marjolaine vraie, comparée à l'origan (appelé parfois marjolaine vivace ou marjolaine bâtarde, ce qui ajoute à la confusion), est prisée un peu de la même manière que le serait l'échalote par rapport à l'oignon.

En vous adressant ce billet, mon intention n'est pas de faire une longue dissertation botanique sur les caractéristiques comparées de ces deux plantes aromatiques.

Pour rester simple et faire utile en cuisine, disons que l'origan commun ou vulgaire (Origanum vulgare, Linné)  est une plante méditerranéenne sauvage, tandis que la marjolaine vraie ou marjolaine à coquille (Origanum majorana, Linné) est une espèce exotique d'origan cultivé. En cuisine, ce qui les distingue c'est le goût.

Pour les deux plantes, la partie utilisée, c'est le feuillage et - en saison, et pour les connaisseurs seulement - les sommités fleuries, très mellifères.

En ce qui concerne les principes actifs qu'elles contiennent, l'une et l'autre, il est utile de savoir que :

l'Origan contient du thymol (comme le thym, ce que rappelle d'ailleurs un de ses noms vernaculaires: "thym des bergers").  C'est pourquoi  l'huile essentielle obtenue à partir de ses feuilles rend des arômes camphrés, contient des tanins et des principes amers dont les vertus sont antispasmodiques, astringentes, carminatives et sédatives.

La marjolaine, outre ces huiles essentielles, ses tanins et ses principes amers, contient aussi du carotène et est riche en vitamine C. Ses qualités digestives sont plus accentuées.

La consommation alimentaire de l'origan et de la marjolaine  n'entraîne aucunes contre-indications connues.

Il faut cependant signaler qu'en dehors de l'alimentation, l'usage de l'huile essentielle d'origan (en aromathérapie, par exemple) est à déconseiller aux femmes enceintes. Cette restriction n'existe pas pour la marjolaine.

En ce qui concerne leurs usages culinaires :

Les feuilles d'origan, le plus souvent utilisées séchées, sont l'aromate dominant qui sert à parfumer les pizzas et les plats italiens ou grecs.

Plus subtiles, les feuilles de la marjolaine serviront avec moins de bonheur dans les mêmes préparations. Mais, utilisées fraîches de préférence, leur saveur se révélera toute en finesse dans les sauces qui accompagnent les pâtes, les plats de volaille, les vinaigres aux herbes et les huiles aromatisées de qualité que vous pouvez préparer vous-même. Pour en obtenir le maximum de plaisir gustatif, il ne faut ajouter la marjolaine au plat qu'en toute fin de préparation.

Dans les supermarchés, on trouve facilement des petits pots d'herbes séchées, origan ou marjolaine. En ce domaine, le père "Ducros" bénéficie d'un quasi monopole de distribution "à très haute valeur ajoutée". Le prix de ces herbes "amoureusement sélectionnée" n'est pas vraiment un garantie de leur meilleur goût. Personnellement, je déteste ces produits commerciaux dont je dois  souvent mettre en doute l'authencité et la qualité ... selon un argumentaire personnel qu'il serait trop long de présenter ici, mais que je tiens à disposition de qui voudra m'interroger à ce propos.

Conclusion : n'hésitez-pas à comparer la saveur de produits aux origines sérieusement authentifiées. Le bon goût ne se décrète pas, il s'apprécie au travers du plaisir réel qu'il vous procure ... si vous savez prendre le temps de le ressentir.

Un petit mot sur la culture de ces deux plantes : origan et marjolaine. Dans les deux cas, il est préférable de les cultiver soi-même, au jardin si c'est possible, sinon en pot sur votre terrasse ou votre balcon. En effet, les commerçants, soit par ignorance, soit par souci d' "uniformisation économique", ne renseignent  pas correctement ce qu'ils vendent.

Les deux plantes s'obtiennent ou bien par semis, ou bien par division des touffes au printemps (donc, maintenant!). Vous pouvez aussi les bouturer à la fin du mois d'août pour la récolte de l'année suivante. Respecter une distance de 30-35 cm entre deux plants.

Bien aromatiquement vôtre,

José

15/04/2008

Envie de me faire plaisir avec ... Et pour vous, c'est quoi ?

20080326 022
 
Envie de me faire plaisir avec ... Et pour vous, c'est quoi ?
inter
N'avez-vous pas, vous aussi, un petit fantasme gourmand un peu excentré qu'il vous arrive très rarement de satisfaire, d'une part parce que vous le jugez presque inavouable (Est-ce égoïste de se faire plaisir?) , et d'autre part parce que votre entourage familial ne partage pas du tout votre goût.
inter
Un peu ou totalement inavouable, jouons franc-jeu ! Osez confier sur ce blog l'originalité de vos petits caprices gourmands "rien qu'à vous". Bien sûr, on en dira rien à personne; cela ne sortira pas de notre blogosphère, ccchhuut !
inter
Pour vous encourager à faire le pas, je vous confie ici la recette d'un premier "quelque chose gourmand perso" qui me fait craquer ...
INTER
Le foie de veau poêlé, carottes orientales et riz safrané
 
 
A la maison, il n'y a que moi qui aime le foie de veau. Est-ce une bonne raison pour ne jamais en manger ? L'autre jour, je me suis retrouvée seule à la maison. Et je me suis dit "Quand le chat n'est pas là, les souris dansent!".
INTER
La recette, je l'ai réalisée avec une belle tranche de foie de veau que j'ai été chercher spécialement chez le boucher et avec ce qui était disponible dans le frigo et les armoires : des carottes, du riz et des épices orientales.
INTER
Décidemment, la "solitude" m'inspire. J'aime pas trop les "tags", mais j'adore converser convivialement avec les blogeuses (avec les blogueurs aussi, Mark!) et les blogonautes. Alors pourquoi ne pas s'échanger quelques confidences, assouvir nos curiosités réciproques et nous libérer mutuellement de la frustration. J'attends vos réactions; révélez-vous à vous-même en vous révélant aux autres.

Foie de veau, carottes orientales et riz safrané

Ingrédients

(Exceptionnellement, pour 1 personne)


180 gr de foie de veau
300 gr de carottes coupées en rondelles
1 échalote hachée menue
1/4 de c à c de cumin en poudre
1/4 de c à c de paprika fort
3 pincées de cannelle en poudre
1 c à c de coriandre en grains
5 branches de persil plat
5 branches de coriandre fraîche
3 dl de bouillon de légumes
Huile d'olive
Sel - poivre
60 gr de riz
1 dosette de safran
Beurre pour cuisson du foie
Fleur de sel

Préparation


Epluchez les carottes et coupez-les, en biais, à la mandoline. La cuisson en sera plus parfaite puisque les rondelles auront toutes la même épaisseur.
Faites bouillir une quantité d'eau suffisante pour la cuisson du riz. Dès que l'eau est à ébullition, jetez-y le riz et une dosette de safran, ainsi qu'une pincée de sel. Laissez cuire une dizaine de minutes, à petit feu. Egouttez et mettre en attente.
Mettez 2 c à S d'huile d'olive dans une casserolle. Jetez-y les grains de coriandre et faites-les griller (sans faire brunir !) dans l'huile. Cela libérera un maximum de leur parfum. Ajoutez-y ensuite l'échalote. Faites cuire jusqu'à ce qu'elle soit transparente (Ajoutez 1 c à S d'huile si nécessaire).
Ajoutez les carottes, le cumin, le paprika, la cannelle en remuant soigneusement les ingrédients. Laissez cuire +/- 15 à 20 min (suivant la variété de carottes). Ajoutez 1,5 dl de bouillon de légumes. Salez et poivrez. Bien surveiller la cuisson. Ajoutez un peu de bouillon de légumes durant la cuisson.
Effeuillez le persil et la coriandre. Hachez-les grossièrement.
Dès que les carottes sont cuites, parsemez-les de persil et coriandre.
Faites chauffer une poêle à feu vif, mettez-y une noisette de beurre. Dès que le beurre est devenu bien mousseux, faites saisir le foie sur ses deux faces. Baissez le feu et continuer la cuisson.

Perso, je n'aime pas le foie trop cuit. Faites en sorte qu'il reste souple sous le pouce, un foie trop cuit devient très vite "une semelle" ! Et ça, ce n'est plus divin.
Une cuisson idéale laisse le foie bien "croûté" autour et moëlleux et juteux en dedans.

Salez à la fleur de sel et poivrez juste avant la fin de la cuisson.
Dressez votre assiette.

 

Toujours sous le sceau de la confidence, voici quelques-uns de mes autres fantasmes gourmands un peu saugrenus que je réserve "pour moi toute seule" :


- une tranche de cramique (sorte de pain brioché aux raisins) garnie de confiture de fraises et d'une tranche de jambon cuit (et oui, association curieuse mais pour moi délicieuse!)

- une tartine de pain au lait (bien cuit, ayant la croute noire) garnie avec du fromage de Herve et du sirop de Liège, trempée dans du café fort, noir et sucré (pas à la chicorée, comme chez les Ch'tis!)

- un pudding vanillé cuit avec des brisures de biscuits Petit-beurre

- un "lameke zoet" (hareng fumé doux) ou "boestring" (hareng fumé) cuit en papillote sur feu de bois accompagné de pommes-de-terre en chemise (Le problème, l'odeur lors de la cuisson! Les voisins pourraient croire que l'on a asphalté le quartier tout entier ...)

- un fromage 'Petit suisse" légèrement écrasé avec le dos d'une cuillère afin de former un creux dans la petite tour pour y verser du sucre vanillé et en suite écraser quelques fraises et mélanger le tout (miam !)

 

Allons, à vous d'oser maintement. "Dites-moi ce que vous mangez et je vous dirai qui vous êtes!". Un chose est sûre, nous avons tous nos petits fantasmes gourmands.


Bonne journée,

Anne

 

20080326 029
 

13:25 Publié dans VIANDES | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : recettes

12/04/2008

Les tomates du supermarché ... beurk !

Reportage biodiversité 2007 08 29 042

Les tomates du supermarché : parce qu'il faut bien en parler (beurk!)

Remarque préliminaire : Les photos illustrant ce billet sont celles de variétés de tomates cultivées par Anne et José (Copyright : Les Jardins de Pomone). Elles ont toutes été cultivées en plein air et en pleine terre. Rien à voir avec les tomates de nos supermarchés !

Chacun peut le constater. Lorsque l’on promène son caddy entre les rayons d’un supermarché, on ne doit pas s’attendre à trouver au rayon légumes plus de cinq variétés de tomates, presque toutes de couleur rouge, à la peau dure et difficile à peler, trop parfaitement calibrées et bien mûres en apparence seulement. Quant à leur goût, il est sans surprise, uniformément acide et  médiocre.

Comment pourrait-il en être autrement, puisque ces tomates - qui ne sont pas réellement à maturité et se conservent en chambre froide - sont essentiellement produites « hors-sol » et « sur greffes », selon les méthodes « ultra-performantes » de la culture dite « hydroponique ».


 

De l'hydroculture à la culture "hydroponique"

L'hydroculture est pratiquée par l’homme depuis la nuit des temps. Les Chinois, les Égyptiens, les Babyloniens s’y adonnaient déjà bien avant le début de notre ère.

Dès le début du XIVème siècle, les Aztèques, peuple amérindien nomade nouvellement installé dans les hautes vallées du Mexique, perfectionnent sur les rives des lacs andins les méthodes d’hydroculture de leurs prédécesseurs toltèques. Ils mettent au point les « chinampas », champs marécageux incroyablement fertiles qui permettent plusieurs récoltes miraculeuses au cours d’un même année. Avec le maïs et les haricots, ils font pousser des piments et … des tomates. On le voit, l’homme a compris très tôt la place indispensable de l’eau dans la croissance accélérée des plantes potagères.


Reportage biodiversité 2007 08 29 018

Au XXème siècle, dans leur course une peu folle aux "progrès" économiques et agrotechnologiques, les professionnels du secteur ont métamorphosé l’hydroculture en culture hydroponique. Et la tomate, légume de loin le plus consommé au monde, est devenue assurément la grande vedette de ce type de culture moderne.  

La technique « hydroponique » a surtout évolué dans des pays au climat peu clément, comme les Pays-Bas, la Belgique ou le Canada. Elle est préjudiciable à l'environnement. Les plants de tomates – quelques variétés seulement, sélectionnées spécialement pour leur aptitudes à supporter ce type de traitement – poussent dans des rigoles en matière synthétique remplies de substrats inertes, parfois naturels comme le sable, le plus souvent artificiels comme la laine de roche, la vermiculite ou la perlite. Ces rigoles acheminent une solution dite « nutritive », en fait un cocktail chimique dont la composition devrait effrayer les consommateurs s’ils étaient correctement informés.


Reportage biodiversité 2007 08 29 036

 

Mais voilà, ce type de culture tente de se justifier par la préoccupation  - oh combien philanthropique ! - de nourrir l’humanité entière, alors qu’il ne s’agit en fait que d’une performance économique, sans souci réel de la santé des consommateurs, des incidences sur l’environnement ou de véritable bon goût.


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Des cinq variétés de tomates rouges et rondes du supermarché aux milliers de tomates multicolores que nous offrent la biodiversité

Dans nos pays tempérés, la tomate peut être cultivée en pleine terre, où elle produira, selon la variété, de beaux fruits irréguliers et savoureux mûris à l’air et au soleil, chargés de vitamines et d’oligo-éléments tirés d’un sol vivant et sain dont notre santé tire les plus grands avantages.

La biodiversité des tomates est telle – sans doute plus de 12.000 variétes, dont au moins 2000  bien fixées, c’est-à-dire à caractères stables  -  que nous pouvons agréablement la décliner en cuisine selon toutes nos humeurs. Certaines se prêtent mieux aux préparations culinaires froides, d’autres offrent d’indiscutables avantages dans les préparations chaudes. Comme pour les vins typés, le gourmet  saura trouver l’accord subtil entre une variété de tomate et un plat spécifique. Inutile de dire que le nombre de recettes qui peuvent être concoctées avec des tomates sont légions.


Tomate Ildi 2007 09 12 Tomates 007
 

Mais où et quand trouver d'aussi étranges et succulentes tomates ?

 

Pour des raisons de conservation limitée, de tailles disparates, de croissance plus lente, de sensibilité aux conditions climatiques et de récoltes plus aléatoires, la grande biodiversité des tomates n’a jamais vraiment trouvé sa place dans la grande distribution. C’est assurément dommage, mais le consommateur attentif n’est pas irrémédiablement condammé aux « hydroponiques ». Comment échapper à ce type de produits agroalimentaires illustrant la « malbouffe » ?


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Tout d’abord, pour manger bon et sain, il faut tenir compte du calendrier des récoltes, lequel est rythmé par les saisons.  Manger des tomates aux crevettes à la Saint-Nicolas, ou des fraises à la Chandeleur et du melon à Pâques, c’est une véritable hérésie gustative et diététique rendue possible par l’opportunisme économique de la grande distribution. Notre organisme aussi est rythmé par les saisons, et ses besoins ne sont pas les mêmes du 1er janvier au 31 décembre.

Sauf chez des personnes souffrant de contre-indications ou devant combler des carences spécifiques, on doit constater l’harmonieuse adéquation qui existe entre la consommation des produits d’une saison déterminée et les besoins de notre métabolisme en cette même saison. Alors, pourquoi vouloir se nourrir de la même manière pendant toute l’année ?


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Si, en lieu et place de minables « hydroponiques », vous préférez savourer quelques unes des plusieurs milliers de tomates plus succulentes les unes que les autres quasi-introuvables dans le commerce, choisissez de les consommer chaque année entre les mois de juin et novembre de chaque année .

Pour un maximun de plaisir, favorisez les tomates anciennes cultivées en pleine terre, selon les méthodes du jardinage biologique. Géantes ou minuscules ; rouges, roses, jaunes, vertes, oranges, bigarrées, noires ou blanches ; rondes, côtelées ou allongées ; elles vous séduiront et feront du bien à votre santé. 

Comme il y a – hélas ! -peu de chance d’en trouver dans les magasins, vous pouvez - si vous disposez d’un petit jardin d’ornement - en tranformer une petite partie en potager  - cultiver vous-même quelques variétés que vous apprécierez particulièrement.  

Si vous n’avez pas de jardin, retenez que plusieurs variétés de petites tomates très productives se prêtent avec complaisance à la culture en pots. Les petites tomates « Minibel », « Star des balcon», « Tiny Tim », « Totem », « Tumbling Tom » (rouge ou jaune), « Rotkäppchen » et autres « Balconi » ou « Maja » feront tout pour vous plaire.  Ces plants à la végétation généralement basse et buissonnante, ne nécessitent ni taille, ni tuteurage. Sur votre balcon ou dans la véranda, ils seront en outre du plus bel effet décoratif et rivaliserons avec originalité avec les traditionnels géraniums, pétunias ou impatiens. 

Mais peut-être n’avez-vous ni jardin, ni balcon, ni véranda. Il vous reste dans ce cas, la possibilité de repérer une petit producteur local ou un brave petit jardinier du quartier qui se fera un plaisir de vous « vendre » quelques tomates irrésistibles pour deux fois rien. 

Trois manières de faire le plein de vitalité …


Reportage biodiversité 2007 08 29 073

 

10/04/2008

Qu'est-ce qu'on mange ce soir ? Des OGM ?

Marre des laquais de l'OMC qui veulent nous berner encore ... 

S'ils pensent que leur volonté nous servira de raison, nous leur montreront qu'ils se trompent et leur donnerons des leçons de saine démocratie ...

Méfiez-vous de vos élus. Plusieurs d'entre-eux ont des comportements suspects de ces jours-ci. Votre bien-être n'est pas nécessairement leur première préoccupation. Ils sont trop nombreux à avoir sollicité vos voix et à ne pas entendre ce que vous exprimez dans la plus large majorité.

Bien chlorophyllement vôtre,

José

 

Greenpeace France informe :

« Le législateur ne s'est toujours pas prononcé sur la nature du sans OGM, s'indigne Arnaud Apoteker, de Greenpeace France. On sait ce qu'est une culture OGM, mais l'on ne sait toujours pas clairement ce qu'est une culture sans OGM. C'est un comble pour une loi dont l'objectif, tout au moins si l'on se fie à la directive 2001/18, devrait en être la protection ! La position du Gouvernement sur cette définition cruciale reste dramatiquement floue. »

Dans ce contexte, Greenpeace ne peut se réjouir des amendements adoptés ces derniers jours. La disposition qui limitait la liberté d'expression des membres d'un futur Haut Conseil des biotechnologies avait été ajoutée en février par la frange la plus conservatrice des sénateurs. Sa suppression tient donc du minimum syndical.

Quant à l'amendement qui dispose que les parcs naturels "peuvent" exclure la culture d'OGM, "avec l'accord unanime des exploitants agricoles concernés", et "sous réserve que cette possibilité soit prévue par leur charte", il constitue une véritable supercherie, l'unanimité étant évidemment impossible à atteindre. Il suffit d'un agriculteur, que les promoteurs des OGM n'auront sans doute aucun mal à convaincre, pour saboter toute tentative de protection des espaces naturels.

Par ailleurs, l'amendement indiquant que les organismes de gestion des filières de qualité (comme les AOC) peuvent demander à l'autorité administrative des mesures plus contraignantes pour se protéger des OGM n'est guère plus convaincant : il n'indique pas que l'autorité administrative doive réagir à ces demandes des labels de qualité, ni comment. Il s'agit d'un amendement de façade destiné à faire croire aux français que les députés veulent préserver les filières de qualité, mais sans rien imposer pour y parvenir.

« Globalement, les amendements adoptés ont tout l'air de pilules destinées à faire digérer aux citoyens un texte fondamentalement inacceptable compte tenu de leurs préoccupations et des risques potentiels des OGM », ajoute Arnaud Apoteker.

Le refus des amendements sur l'étiquetage des produits issus d'animaux nourris aux OGM et celui d'indiquer clairement que les dossiers d'évaluation environnementale et sanitaire ne peuvent en aucun cas rester confidentiels montrent que l'intention des députés UMP, à l'opposé des principes professés par le gouvernement et du Grenelle, est bien d'imposer les OGM partout et en cachette.

Un seul amendement de protection
Jusqu'alors les seuls amendements intéressants l'ont été à l'article 1 du projet : il s'agit du 252 permettant la protection des filières de qualité sans OGM et de son corollaire le 112. Il est à craindre que les amendements « cosmétiques » adoptés par l'Assemblée nationale permettent de légitimer au Sénat ou en seconde lecture à l'Assemblée l'abandon du 252, dont les objectifs– dont la pérennité des AOC françaises- sont pourtant si évidents que l'on ne voit pas bien pourquoi la majorité UMP pourrait se permettre de les contester.

C'est pourtant bien au contraire l'ensemble du texte qui aurait du être mis en conformité avec les principes de précaution et de protection du sans OGM portés par l'amendement 252. Sa remise en cause au Sénat la semaine prochaine tiendrait de l'irresponsabilité la plus totale et illustrerait une fois de plus la collusion entre certains élus UMP et les firmes semencières et biotechnologiques.

12:48 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : ogm