03/07/2008

Cuisine des fleurs : l'ÉPILOBE, osez-le!

 

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 Cuisine des fleurs:

L' ÉPILOBE, osez-le!

 

C'était dans la région de Nassogne, dimanche dernier. Plutôt que de pincer, tailler, attacher à longueur de journées nos tomates anciennes comme nous le faisons tous les jours depuis la mi-mai, Anne et moi avions décidé de participer à un week-end familial dans ce joli coin des Ardennes. Samedi, grande fête autour d'un barbecue d'anthologie! Dimanche, quartier libre! J'en ai bien sûr profité pour parcourir les bois et les prairies, à la recherche de plantes sauvages comestibles.  

Rares sont ceux qui, à l'occasion de balades à la campagne, n'auront jamais remarqué les beaux épis floraux de l'épilobe, une plante herbacée vivace de la famille des onagracées,  à la lisière d'un bois ou sur les bords d'un chemin. Elle est aussi assez commune en montagne (jusqu'à 1400 m d'altitude), mais très rare, voire absente dans la région méditerranéenne et dans le Sud-ouest de la France.

Savez que les fleurs sont comestibles et offrent en cette saison d'été, une touche décorative extraordinairement plaisante et originale à vos salades et à certain plats ?

 

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Le célèbre ethnobotaniste François Couplan et le cuisinier non aligné et novateur Marc Veyrat, son complice, n'hésitent pas à intégrer l'épilobe dans la longue liste des plantes sauvages susceptibles de réintroduire la biodiversité dans notre alimentation. Leurs recommandations diététiques et culinaires se rapportent à l'espèce Epilobium angustifolium Linné, mieux connue sous les noms français de : chamerion, épilobe en épi, épilobe à feuilles étroites, laurier-de-Saint-Antoine, osier feuri, ou encore ... thé russe. (Ce nom de "thé russe" évoque les infusions traditionnelles que les Slaves préparent avec les feuilles de cette plante).

Les fleurs de l'épilobe, très mellifères, fleurissent en juillet-août dans les coupes et sur les lisières forestières, dans les landes, les prairies humides (lorsqu'elles ne sont pas fauchées systématiquement!) et sur les talus ensoleillés. La hampe florale peut mesurer de 60 à 180 cm de hauteur et domine souvent les autres herbacées parmi lesquelles elle pousse.

 

Selon les deux compères en biodiversité précités, ce ne sont pas seulement les belles petites fleurs purpurines ou rosées détachées des épis qui peuvent être consommées, mais également les jeunes pousses printanières, cuites comme un légume, ou encore la moëlle des tiges.

En Suède, depuis longtemps, on consomme les bourgeons et les jeunes pousses d'épilobe préparés à la manière des asperges. (Récolter des cimes non écloses d'environ 20 cm et faites les cuire à la vapeur!)  

L'intérêt alimentaire de l'épilobe, outre son goût agréable et décalé, réside notamment dans les propriétés astrigentes et émollientes qu'il possède. Il est riche en vitamines A et C et contient significativement un des 4 macro-éléments dont notre organisme a un besoin journalier quantitatif important : le magnésium. (C'est par excellence, l'anti-stress dont nous ne pouvons pas nous passer dans la vie trépidante qui est le sort de la plupart d'entre nous!) Si les aliments contenant du magnésium ne manquent pas, ils sont aussi généralement fort riches en calories. (Oui, oui,  c'est aussi au chocolat que je pense!). C'est pourquoi l'épilobe, négligeable en valeur calorique, peut offrir une alternative intéressante à ceux qui se soumettent à un régime hypocalorique strict.

Les botanistes ont identifié et décrit une 60aine d'espèces d'épilobes de par le monde. Parmi celles qui poussent dans nos régions, outre l'épiloble en épi, les curieux pourront également observer :

    • l'épilobe hérissé (ou épilobe à grandes fleurs) (Epilobium hirsutun Linné),
    • l'épilobe à petites fleurs (Epilobium parviflorum Schreb.), à la saveur plus piquante et une peu âcre, dont Maria Treben a vanté les vertus de l'infusion pour combattre les affections de la vessie et l'hypertrophie de la prostate.Cette espèce doit être considérée davantage comme plante médicinale que comme légume, et être utilisée avec plus de parcimonie dans vos salades.
    • l'épilobe à feuilles lancéolées (Epilobium lanceolatum Seb. et Mauri),
    • l'épilobe des montagnes (Epilobium montanum Linné),
    • l'épilobe des collines (Epilobium collinum C.C. Gmel),
    • l'épilobe rosé (Epilobium roseum Schreb.),
    • l'épilobe cilié (Epilobium ciliatum Rafin.)
    • l'épilobe des marais (Epilobium palustre Linné),
    • l'épilobe vert foncé (Epilobium obscurum Schreb.),
    • l'épilobe à tige carrée (Epilobium tetragonum Linné), et
    • l'épilobe à feuilles de romarin (Epilobium rosmarinifolium Haenke).

Eh oui, quelle richesse dans la biodiversité! Cette énumération d'espèces n'a rien d'exhaustif. Pratiquement, retenez que toutes ces espèces d'épilobes sont comestibles.

Attention! Parmi un groupe de jeunes partis en balade avec moi pour identifier et cueillir des plantes sauvages, il s'en est trouvé un qui a ramené des tiges fleuries de digitale pourpre, plante d'une toxicité redoutable. Un tel degré de confusion entre deux plantes, qui doit être excusé chez un jeune citadin, est évidemment exceptionnel. Mais j'en profite pour vous rappeler qu'il faut toujours être prudent et bien renseigné au sujet de la comestibilité d'une plante sauvage. Si vous en doutez tant soit peu, référez-en à une personne avertie et compétente. Aucune question n'est stupide en soi; la vraie stupidité, ce serait de ne pas la poser!

Bien chlorophyllement vôtre,

 

José

 

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16:15 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (19)

Commentaires

magnifiques photos mes amis!interressant! à dimanche! biises micheline

Écrit par : mickymath | 03/07/2008

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Quel balade magnifique!

Merci José de faire découvrir la belle biodiversité et de partager ta connaissance!

Écrit par : Apolina | 03/07/2008

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je me disais bien que cela ne me disait rien, ici en charente poitou, je n'en ai jamais rencontré , contrairement à l'onagre qui est bien présente partout

Écrit par : mamapasta | 03/07/2008

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Je ne connais évidemment pas l'épilobe, mais encore une fois un billet très instructif José ! Très belles photos.

Bisous à vous deux.

Écrit par : Marielle | 03/07/2008

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je ne crois pas en avoir croisé par chez nous. mais merci pour ce délicieux billet champêtre!
Hier j'ai découvert le pourpier et j'ai adoré cette "mauvaise herbe"!

Écrit par : lavande | 04/07/2008

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comme tu dis la stupidité serait de ne pas se renseigner...comme tu es maestro en la matière, je sais où aller. En tous cas, l'épilobe fera partie de mes prochaines découvertes culinaires, c'est sûr. Je reviens d'une promenade avec le toutou et j'ai justement repéré des géraniums sauvages (herbe à robert), je suis tentée d'en prélever délicatement quelques plants pour tenter de les apprivoiser dans mon carré d'aromatiques.
Je compte sur des bons conseils pour ne pas faire d'erreurs ;-)
Biz à vous deux et à dimanche

Écrit par : fabienne | 04/07/2008

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José, Et, en as-tu prélevé un peu pour planter dans ton jardinet :)

Écrit par : mark | 05/07/2008

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Je découvre votre blog par l'intermédiaire du blog collaboratif "Plantes dites sauvages". Quelle richesse! Vous voilà dans mes favoris car s'il est bien un domaine dans lequel j'ai tout à apprendre, c'est celui du potager. Merci!

Écrit par : SecretFanfan | 10/07/2008

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Nous venons d'acheter un chalet d'alpage entouré de champs d'épilobes. Après nous avoir ravi les yeux ces ravissantes fleurs vont nous ravir aussi les papilles grâce à vous... Merci

Écrit par : CARA Jacqueline | 10/10/2008

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Bonjour. Votre site est bien illustré.
Ma fille qui est en agronomie en IUT doit travailler sur l'epilobe à petites fleurs dit laurier de
st antoine(épilobium parviflorum).
Il lui faut des graines, pouvez vous l'aider dans sa recherche.
MercI.

Écrit par : mazeau | 18/04/2009

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les épilobes Je peste depuis de nombreuses années contre les épilobes qui ont une fâcheuse tendance à se répandre abondamment et dont les graines s'envolent joyeusement en automne pour s'accrocher au bois vieilli du chalet, aux toiles d'araignée, donnant à l'ensemble de notre environnement un air de lieu abandonné. Eh bien, grâce à vous me voici partiellement réconciliée avec cette plante localement envahissante...Nous sommes encore pas loin de la neige, aussi je vous donnerai des nouvelles dès qu'elles auront montré le bout de leur nez.
Merci pour vos textes et sans doute à bientôt.Ginette

Écrit par : Henry | 13/05/2010

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Gaspésienne, Québécoise, Canadienne Propriété médicinale antiacide découverte par hasard.

Depuis un mois, chaque matin je cueille des pousses d'Épilobes dans mon champ. Je les mange crues, ou en salade avec des boutons et jeunes feuilles de pissenlit/livèche/ciboulette/etc., ou dans une omelette, ou avec du fromage et biscottes, etc.

Depuis ce même mois, adieu brûlements d'estomac et reflux gastriques. Et, en prime, un grand surplus d'énergie!

Pour être certaine de mon test, à l'occasion, je n'ai mangé que de l'Épilobe cru une demi-heure avant le petit-déjeuner. Ou, je n'en ai pas pris.

Le test est concluant : les jeunes pousses d'Épilobe et les feuilles neuves des épis sont plus efficaces pour lutter contre l'acidité de l'estomac que la racine de gingembre râpé et, surtout, meilleure et sans effets secondaires nocifs que les médicaments dispendieux tels que Prévacid et compagnie.

Écrit par : Reine Degarie | 29/05/2010

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Oui une plante tres utile... :) On peut manger je crois hmmm....


Je vais gouter...

Écrit par : Jeune Gaspesienne de SADM | 29/07/2010

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L'été dernier, j'ai goûté les fleurs d'épilobes au cours de mes promenades : c'est bon, ça occupe et c'est plus diététique que des sucreries.

Aujourd'hui, mi-février, je suis allé me promener et j'ai trouvé des tiges d'épilobes desséchées. Comme j'avais vu quonpouvait mettre dans son jardin des petits fagots de tiges creuses pour faire nicher des insectes utiles, j'ai coupé, à la main, les tiges creuses en tronçons de 15 centimètres environ et j'en ai fait un petit fagot, pendu sur le mur du jardin.
On verra si ces "insectes gentils" vont dévorer les pucerons qui agressent mes framboisiers!
Encore un usage de l'épilobe!

Écrit par : Dominique 43 | 18/02/2011

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Merci, j'ai toujours été fascinée par les champs d'épilobes que je trouve merveilleux. Maintenant je sais que je peux en consommer sans pour autant nuire au paysage.

Écrit par : Muppy | 19/11/2011

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Autorisation de mettre un lien vers la page d’accueil de votre site : Les jardins de Pomone :http://lesjardinsdepomone.skynetblogs.be/

Bonjour,

J’ai un projet de livre sur les Secrets des plantes et fleurs sauvages.

Je me suis documentée largement sur Internet et j’ai cueilli mes informations sur des sites comme le vôtre.

J’aimerais donner le référencement de votre site pour y renvoyer le lecteur pour plus de détails.

C’est pourquoi, je vous sollicite pour vous demander l’autorisation d’insérer un lien vers la page d’accueil de votre site dans une liste de liens utiles sur les plantes comestibles à la fin de mon livre.

Dans l’attente de votre réponse,

Cordialement.

Annick MONTEL-KOWALYSZIN

Écrit par : Annick | 27/12/2011

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Bonjour Annick,

L'insertion d'un lien ne pose en principe aucun problème de notre fait, et nous pouvons même vous proposez la réciprocité si vous le souhaitez. Par contre, l'utilisation de certains textes sur ce blog figurent dans des publications protégées par le copyright et les droits d'auteurs.
Bonne année 2012 et beaucoup de succès pour votre livre.

Écrit par : José | 02/01/2012

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je découvre que j'ai toujours confondu l'épilobe avec la salicaire, qui a eu longtemps les honneurs de la pharmacopée, sous forme de "salicarine ", potion prescrite pour les diarrhées bénignes du nourrisson.....quand on ne savait pas soigner les diarrhées graves...c'est-à -dire jusqu'à la fin des années 50...On n'enseigne plus la botanique aux futurs médecins,quant aux futurs pharmaciens, qu'en est-il ? en tout cas je découvre avec joie votre site Merci de tant de science vivante .

Écrit par : hélène quintanilla | 14/10/2012

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cvp ou trouver epilobe ici en France merci

Écrit par : attou | 11/09/2014

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