09/10/2008
La MUSCADE : une noix très aphrodisiaque !

Épices :
La MUSCADE : une noix très aphrodisiaque !
La noix de muscade, nous sommes nombreux à l'utiliser très régulièrement en cuisine. Il s'agit en fait de l'amande du fruit d'un arbre appellé le muscadier (Myristica fragrans), et qui pousse dans les pays au climat tropical. Cette amande est extrêmement dure. On ne la consomme donc que moulue ou râpée, pour son parfum puissant et agréable. C'est une épice classique dans la préparation de nos purées de pomme de terre, de nombreux potages, farces, gratins, pots-au-feu, sauce (la béchamel notamment) et soufflés, aussi en pâtisserie (pain d'épices) et dans des desserts (crème anglaise).
Une amande de muscadier de bonne qualité pressée entre vos doigts devra y laisser une trace huileuse. Entière et gardée au sec, elle se conserve bien pendant 3 ou 4 ans. La noix de muscade vendue en poudre est un produit dont les véritables gourmets ne veulent pas entendre parler. A éviter à tout prix !
Mais ce que l'on ignore plus souvent, c'est la place exceptionnelle que tient la noix de muscade parmi les épices aux vertus réellement aphrodisiaques. Et cela explique sans doute, au moins en partie, pourquoi - si son prix est devenu assez démocratique de nos jours - elle a été longtemps - et de loin - la plus chère de toutes les épices orientales consommées en Occident.
Vouée pendant des siècles à l'alchimie amoureuse et aux philtres d'amour sans qu'on sache exactement pourquoi elle "échauffe" les sens, on sait aujourd'hui que les facultés aphrodisiaques de la noix de muscade proviennent essentiellement de la dopamine qu'elle contient, mais encore d'autres composants de son huile essentielle qui provoquent une dilatation des vaisseaux sanguins (vasodilatation) pendant un temps relativement long après sa consommation. Cette vasodilatation dispose elle aussi l'esprit et le corps aux galipettes.
La dopamine - au même titre que l'adrénaline, l'histamine, la méthionine, la noradrénaline ou la sérotonine - fait partie des substances dites endorphines ou endomorphines. Il s'agit d'hormones du plaisir secrétées à la base de notre cerveau par l'hypothalamus. L'action de la dopamine dans la coordination de nos mouvements et dans notre humeur est très importante.
Le célèbre médecin siennois Pierandrea Mattioli (1501-1577), contemporain de Charles-Quint, François Ier et Henry VIII, et futur médecin de l'empereur germanique Maximilien II de Habsbourg (1527-1576) nous a décrit la remédiation (Epistolarum Medicinalium Libri Quinque, 1561) qu'il conseillait à ses patients masculins éprouvant des difficultés pour "sacrifier à Vénus". Il leur prescrivait de s'enduire le pénis d'huile de noix de muscade quelques heures avant de rendre leurs hommages à une dame de tempérament. Et c'est cette épice encore qu'il prescrivait pour les amants plus ardents, mais souffrant d'éjaculation précoce.

Dans la pharmacopée naturelle ancienne, la muscade n'était pas consommée uniquement pour ses vertus aphrodisiaques et le traitement de l'éjaculation précoce. C'est ainsi qu'en Inde, on l'a utilisée pendant des siècles - sinon des millénaires - pour soigner les maux de tête, les états d'insomnie ou l'incontinence urinaire. On l'appelait "Mada shaunda", ce qui signifie "fruit narcotique". Ses vertus carminatives (= qui favorisent l'expulsion des gaz, atténue les vomisssements et calment les maux d'estomac) ont également été utilisées jusqu'à une époque récente.
Après ces explications sur les vertus de la noix de muscade, vous pourriez être nombreux à vouloir vous précipiter pour en consommer davantage. Et bien non ! Après avoir excité votre enthousiasme, je dois y placer un prudent bémol. En effet, la noix de muscade contient également un composé organique aux vertus hallucilogènes : la myrticine. Et cette myrticine, à trop forte dose, peut provoquer des troubles neuro-psychiques graves et même se transformer en poison mortel. On estime que la dose létale serait déjà atteinte si nous consommions deux amandes de ce type dans un délai de quelques heures.

Illustration ... couleur noix de muscade. Il faut savoir à quoi on s'expose en la consommant! (Art érotique indien)
Comme le muscadier est originaire de l'archipel indonésien des Moluques, on pourrait croire que la muscade n'était pas connue des Anciens. Mais les découvertes archéologiques modernes ont permis d'établir qu'au contraire, cette épice était présente en Basse-Mésopotamie plus de 4000 ans avant notre ère, parce qu'on l'a retrouvée sur un site de l'ancien royaume d'Akkad.
Dans l'Egypte des pharaons, on a également retrouvé des fragments de muscade dans des mélanges d'aromates, probablement moins destinés à la table qu'à l'embaumement des momies.
Dans les sources écrites grecques et romaines d'avant l'ère chrétienne sont mentionnées des épices qui pourraient être de la noix de muscade; mais il n'y a là aucune certitude.
Il faudra atteindre la fin du premier millénaire, pour que le grand savant arabe Avicenne (980-1037) nous en donne une description écrite précise qui ne laisse plus aucun doute: c'est bien de la noix de muscade qui se consomme dans le monde musulman à cette époque.
Lorsqu'en 1512, une flotte portugaise commandée par Alphonse d'Albuquerque (1453-1515) jette l'ancre aux Moluques, les conquistadors repèrent vite les nombreux muscadiers (ce sont des arbres de 6 à 8 m de haut, au feuillage toujours vert) qui produisent la précieuse amande que les insulaires désignent sous le nom d' "oeil de l'oiseau de feu". Ce nom seul indique à quel point les vertus dynamisantes de cette épice étaient bien connues des autochtones.

Les Portugais organisèrent le commerce de la noix de muscade en Europe en monopole aux revenus plantureux. En raison du prix faramineux atteint par cette épice dans tous les ports de l'Occident, ils éveillèrent la jalousie et la concurrence. En 1602, les Hollandais, dont la puissance maritime s'affirmait autant sur le plan commercial que sur le plan militaire dans l'Océan Indien, fondèrement la Compagnie des Indes orientales. En 1605, ils boutent les Portugais hors des Moluques et construisent d'imposantes forteresses, notamment sur les îles de Banda et d'Amboine, où poussent le muscadier et le giroflier. Pour empêcher que les précieuses amandes puissent servir ailleurs à la reproduction des précieux arbres, ils mettent au point une méthode de stérilisation consistant à les tremper dans de la chaux vive avant la commercialisation. (On trouve toujours aujourd'hui dans le commerce des noix de muscade blanchâtres, parce que traitées encore à la chaux.)
Mais les forteresses hollandaises et leurs canons, s'ils pouvaient dissuader les aventuriers de tous poils et de toutes nations, ne pouvaient pas empêcher certains oiseaux de survoler les distances relativement courtes qui séparaient Banda et Amboine des autres îles des Moluques, où la muscadier pouvait se reproduire naturellement. Et c'est ainsi que quelques volatiles emportant dans leur bec les précieuses amandes d'une île à l'autre, remirent de manière inattendue en question le monopole intransigeant des Hollandais.
C'est le célèbre naturaliste lyonnais Pierre Poivre (1719-1786), dont la vie agitée ferait pâlir les meilleurs auteurs de romans d'aventure, qui va briser définitivement le monopole des Hollandais. Il parvient à s'emparer clandestinement de quelques plants de muscadier et de giroflier et à les ramener dans l'île de France (depuis, l'île Maurice) et dans l'île Bourbon (depuis, l'île de la Réunion), possessions des rois de France, la première depuis 1715, la seconde depuis 1638. De ces îles où il se sera parfaitement adapté (comme le giroflier d'ailleurs), le muscadier va progressivement être cultivé dans de nombreuses autres régions tropicales partout dans le monde (Inde, Sri Lanka, Indonésie, Malaisie, Jamaïque, Grenade ... ).

A maturité, les fruits du muscadier éclatent de haut en bas et laissent apparaître l'amande qu'ils contiennent. Cette amande est un tégument ligneux de couleur marron, recouvert d'un arille (= enveloppe charnue) que l'on appelle "macis" ou "fleur de muscade"). Frais, le "macis" est d'une magnifique couleur rouge vif. On recueille ces brins d'arille pour les faire sécher; la couleur vire alors au jaune-orange. Réduits en poudre, ils donneront une autre épice très appréciée, qui perd malheusement très rapidement sa meilleure saveur. Le macis doit toujours être conservé dans un récipient totalement hermétique.


Allons, en voilà assez pour aujourd'hui! Je reprendrai le clavier demain, parce que je dois absolument encore aller m'occuper de mes choux au potager. A propos, les petits choux de Bruxelles, c'est si bon préparés avec de la muscade, non ?!
Bien chlorophyllement et (un rien) coquinement vôtre,
José

(Art érotique des temples indiens)
23:12 Publié dans Général | Lien permanent | Commentaires (13) | Envoyer cette note





















































































































































































Commentaires
Juste pour ajouter qu'en grandes quantités la muscade est toxique - c'est un hallucinogène et peut-être fatale – mais pas de panique – en quantité raisonnable, elle n’a que des qualités !
Écrit par : Apolina | 10/10/2008
Écrit par : José | 10/10/2008
Écrit par : birgit | 10/10/2008
Qu'ils soient de Bruxelles, de Gand ou d'ailleurs prends bien soin de tes petits choux José.
Écrit par : Aline | 11/10/2008
Écrit par : mark | 11/10/2008
Amitiés
Écrit par : Philou | 12/10/2008
Je lis tes articles en diagonal et puis j'y reviens - même plusieurs fois!
Pour les photos - celui qui n'a pas été au Khajuraho a raté quelque chose dans sa vie ;-D
Écrit par : Apolina | 12/10/2008
Dans la cuisine Italienne on s'en sert beaucoup!
Écrit par : eleonor | 16/10/2008
aimerais trouver un arbre a plante ainsi qu un giroflier et un badianier merci d avance
Écrit par : braun baque liliane | 12/04/2009
Écrit par : Obele franck | 28/12/2010
Écrit par : Raymond | 04/09/2011
Écrit par : harpon | 11/12/2012
Écrit par : Prince | 25/12/2012
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