14/01/2018

Le PALIURE : pseudo"épine du Christ" et véritable plante médicinale du Midi

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Photo de Eva Mathieu, sous licence Creative Commons (source : Wikimédia)

Plantes médicinales du Midi  : 

 

Le Paliure provençal

 

Le paliure est un arbuste sauvage commun dans le Midi de la France. Il affectionne spécialement les sols calcaires, dont il ne redoute ni l’aridité, ni la structure souvent rocailleuse. La garrigue est son domaine de prédilection.

Sous l’apparence paisible que lui donne son feuillage élégant, un non-initié pourrait ne pas se douter que cet arbuste – qui peut atteindre plus de 3 mètres de hauteur – est muni d’épines particulièrement diaboliques qui peuvent blesser cruellement l’imprudent - homme ou animal – qui voudrait le déranger.

En effet, les stipules – petites lames vertes disposées par paires à la bases du pétiole de certaines plantes, se transforment chez le paliure en deux épines non symétriques ; l’une est longue, droite et dressée vers le haut, l’autre petite, discrète, courbe et rabattue : un sacré foutu « hameçon » qu’il est déconseillé d’affronter les bras nus ! (Avant l’arrivée du barbelé et des clôture modernes, le paliure était traditionnellement planté en haies vives infranchissables autour des mas et autres constructions rurales.)

 

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Photo de Fritz Geller-Grimms, sous licence Creative Commons GNU

Ce sont ses épines redoutables qui ont donné le nom populaire de la plante : l’épine du Christ. En effet, dans la tradition chrétienne du Midi, ce serait des rameaux du paliure qui auraient servi à confectionner la couronne posée par dérision sur la tête de Jésus, « roi des Juifs », lorsqu’il escalada - chargé d’une croix sur ses épaules meurtries -, le sentier qui mène au sommet de la colline du Golgotha, le gibet de Jérusalem.

Au-delà d’une légende judéo-chrétienne très répandue , certains botanistes pensent aujourd’hui que - dans cette croyance populaire - le paliure provençal ne pourrait pas être mis très sérieusement en cause pour la confection de cette couronne de supplice à Jérusalem, puisqu’il ne pousse pas spontanément dans cette région du Moyen-Orient. Selon eux, si une plante à épines devait avoir été utilisée à cette fin sanglante, ce serait plutôt le Jujubier de Palestine (Zizyphus spina-christi) qui aurait tenu ce rôle. (Cette plante, qui appartient à la même famille botanique des rhamnacées, est également très épineuse, mais ses fruits - qui ressemblent à des olives de couleur rouge-brun - sont eux parfaitement comestibles crus ou cuits. Ce qui n’est pas le cas des fruits du paliure., qui n'ont rien ce charnu.)

Il n’en reste pas moins que le nom botanique du paliure : Paliurus spina-cristi reste d’usage aujourd’hui et se réfère toujours à l’ «Epine du Christ ». En rupture avec ce nom binominal fixé en lien avec la tradition, certains préféreront l’appeler plus logiquement Rhamnus paliurus.

Faute de mériter sa mauvaise image liée aux supplices infligés à Jésus il y a près de 2000 ans, le paliure s’est acquis au fil des siècles une excellente réputation pour les nombreuses propriétés médicinales qu’on lui prêtait empiriquement . La science moderne confirme amplement plusieurs des mérites que lui prêtait la pharmacopée traditionnelle. Oublions donc un peu ses épines maudites; ce qui compte en phytothérapie, ce sont ses fruitss très singulièrs et ses jeunes feuilles.

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Photo de Salycina, sous licence Creative Commons (souce: wikimedia)

La floraison se produit au mois de juin. Ce sont d’élégantes grappes de petites fleurs jaune-vert en forme d’étoile qui apparaissent à l’extrémité des branches. Après la nouaison, elles se transforment en petits fruits ronds et plats – d’abord jaunes, puis en séchant, beige-brunâtre – qui ressemblent à de petites soucoupes volantes de dessins animés. … ou à un mini-chapeau plat à bord largement évasé dont la forme évoque les anciennes coiffes des évêques.

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Photo de Franz Xavier, sous licence Creative Commons (souce: wikimedia)

Larges de 2 à 3 cm, ces fruits sont bombés et ligneux en leur centre, forts coriaces. En hiver, lorsque le mistral a dépouillé le paliure de ses belles feuilles ovales, les rameaux de l’arbrisseau apparaissent dans toute leur rudesse, avec les épines devenues très apparentes; mais toujours élégants grâce aux fruits persistants qui les ornent encore et leur confèrent le charme décoratif d’une nature morte.

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Photo de Fritz Geller-Grim, sous licence Creative Commons (source: wikimedia)

 

La récolte des fruits débute à la fin de l’été, lorsqu’ils sont bien secs. Celle des feuilles juvéniles rigoureusement sélectionnées a lieu au printemps et est destinée immédiatement à la dessication.

Le paliure est utilisé de longue date comme remède astringent, diurétique et béchique. Et plusieurs sources mentionnent ces usages comme connu depuis l’Antiquite, en Grèce et à Rome. A vrai dire, je n’ai rien trouvé dans ma documentation qui puisse étayer cette affirmation. Une certaine confusion s’est immiscée depuis longtemps dans la distinction de plusieurs rhamnacées, et les analogies relevées de divers points de vue à différentes époques demandent un peu de froide circonspection.

Pour illustrer ce propos, voici ce qu’écrivait le médecin et botaniste Jacques Daléchamps [1513-1588] dans son Histoire générale des plantes (Historia generalis plantarun, 1583) : "Aucuns estiment que le paliure africain de Théophraste, et l'égyptien d'Agathoclès sont une même chose, et que ce n'est que notre jujubier; il  est certain de tous les témoignages des Anciens, que le Paliure croissait de tout temps en Afrique."

Evoquant les vertus du paliure, le célèbre apothicaire huguenot d’origine normande Nicolas Lémery [1645-1715], note que : « Sa semence adoucit les âcretés de la racine, excite l’urine, brise la pierre du rein et de la vessie ».

Quelques décennies plus tard, Joseph Lieutaud [1703-1780], président de la Société Royale de Médecine, et médecin du roi Louis XV donne cet avis – un des plus autorisés et savants du siècle des Lumières – dans un livre mémorable : « Précis de médecine pratique » (pas moins de 3 rééditions avant la période révolutionnaire !) : « Les fruits de cet arbrisseau ont des propriétés diurétiques et adoucissantes des plus efficaces. Ils s’avèrent très utiles dans les maladies des reins et de la vessie. On le regarde aussi comme très avantageux dans les diverses maladies des poumons qu’accompagnent la chaleur et la douleur ».

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Grâce aux bioflavonoïdes (substances végétales secondaires regroupées génériquement sous l’appellation Vitamine P, alors qu’elles ne représentent pas une vitamine à proprement parler, puisqu’elles ne sont pas essentielles dans un régime alimentaire équilibré),

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Photo de Didier Descouens, sous licence Creative Commons (souce: wikimedia)

 

les fruits de paliure sont reconnus diurétiques, draineurs, hypotenseurs, indiqués pour être consommés en infusion contre l’excès d’acide urique dans le sang, la formation de calculs dans les reins ou la vessie, les crises de goutte, l’hypertrophie de la prostate, l’excès de cholestérol et l’hypertension, bref une multitudes de maux qui affligent beaucoup d’entre nous qui s’éloignent fortement de leurs vingt ans … et deviennent de plus en plus des consommateurs captifs dans un système d’alimentation commerciale débile et menteur.

L’infusion de paliure se prépare classiquement en faisant tremper deux cuillerées de soupe de fruits secs dans 1 litre d’eau froide pendant 24 heures. Après ébullition, laisser infuser pendant 10 minutes, puis filtrer. Boire l’équivalent d’une tasse de thé 3 à 4 fois par jour, après les repas.

A noter par ceux qui considérerait cette plante comme une panacée à leurs maux, il convient de rappeler que si la plante peut les soulager réellement, il y a lieu de prendre préalablement l’avis d’un médecin de confiance ou d’un pharmacien pour établir l’opportunité et le dosage approprié d’une telle tisane. Il est en outre important de ne pas utiliser la plante pour des cures de plus de trois semaines. Enfin, la contre-indication du paliure pour les femmes enceintes est péremptoire.

 

José

 

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