04/04/2008

Cuisine aphrodisiaque : le cas du GINGEMBRE

 

Krishna et Radha.jpg

Krishna et Radba dans un bosquet fleuri au bord de la Yamuna

(Miniature Kangra de la fin du 18ème siècle)

 

Cuisine aphrodisiaque : le GINGEMBRE

Lorsqu'on parle de plaisir des sens, il ne faut pas se voiler la face. L'art culinaire et l'art amoureux sont intimement liés. Seuls les sots l'ignorent ! Heureusement, il ne viendra sans doute jamais à l'idée de quelqu'un de séduire son amoureux en lui servant à table des biscottes et un verre d'eau.

Notre société est absurdement anesthésiée par son rythme économique, par la recherche constante et presque compulsive de rendement et de profit. Le sexologue Willy Pasini, professeur à l'Université de Genève, évoquant la pitoyable banalité actuelle de nos rapports avec  la nourriture et le sexe, a osé écrire avec à-propos "la rapidité réduit la nourriture et l'amour au plus petit dénominateur commun d'un acte abstrait et conventionnel. Nous vivons à l'époque  du fast-food et du fast-sex".

Fast-food et fast-sex : deux horreurs issues du modèle social ultra-libéral et dans lequel  le bien-être de l'être humain ne trouve pas son compte. Pour échapper au moins partiellement à la  "libido triste" ambiante, et se trouver un meilleur équilibre personnel, certains cherchent à s'exprimer en cuisinant des plats délicieux à partager avec leur entourage. Rien de plus compréhensible et de mieux acceptable, dès l'instant où on admet que manger est à la fois une fonction affective, identitaire et sociale. Les cordons-bleus méritent l'amour et le respect qu'ils sollicitent en concoctant des mets délicieux.

Notre alimentation, c'est le berceau de nos liens affectifs. "La relation à la nourriture est la première relation  que l'individu soit amené à vivre" (B. Waysfeld, psychiâtre nutritionniste). La première relation à autrui que construit un nouveau-né est celle qu'il noue avec sa mère qui lui tend le sein pour le nourrir. Cette première expérience émotionnelle agréable, liée à la découverte du rassasiement et de la sensation de bien-être qu'il procure,  il cherchera à la reproduire au travers de la nourriture tout au long de sa vie. La manière dont il mangera sera conditionnée par la manière dont il se reliera et communiquera avec les autres dans sa vie sociale.

Notre alimentation n'a pas pour seul but de nous nourrir. Dans notre subconscient, elle est chargée de symboles. Elle est un "moyen d'expression, moyen de séduction, moyen artistique ou encore moyen de récompense ou de punition" (M.-A. Picard).

Voici des explications un peu ardues pour exposer comment, à leur insu souvent, certaines personnes se passionnent pour la gastronomie et manifestent leur "amour de la cuisine". De l'amour de la cuisine à la "cuisine de l'amour", il n'y a qu'un pas qu'il n'est pas absurde de vouloir franchir.

Si, à l'aide des connaissances scientifiques modernes, bons nombres d'ingrédients à la réputation aphrodisiaque, parfois vieille de milliers d'années, se sont révélés n'être, sinon des fables de sorcellerie, au mieux des placebos, il en existe toute une série dont les propriétés peuvent accroître naturellement et réellement notre désir amoureux.

Si vous désirez plaire, et que votre art de séduire passe par votre cuisine, sachez que vous ne pourrez pas vous passer d'ail, de cannelle, de céleri, de coriandre, de gingembre, de ginseng, de girofle, de noix, de menthe, de muscade, de poivre, de romarin, de roquette (eh oui ! Au moyen-âge on l'appelait "herbe lubrique" et elle était proscrite dans les monastères), de safran, de sarriette, de truffe, de vanille ... autant d'ingrédients aux vertus aphrodisiaques.  

Dans cette énumération, j'ai cité le gingembre. Et c'est lui que j'ai épinglé comme ingrédient aphrodisiaque pour ce billet. 

Le gingembre est vraiment une plante qui a vocation d'éveiller les sens. En Chine, au Japon et dans les Indes, il est utilisé depuis la nuit des temps dans la bonne cuisine comme en médecine. Comme aphrodiasique, les racines fraîches du gingembre ont la solide réputation d'attiser le feu intérieur de l'homme et de la femme.

Deux substances contenues dans le gingembre sont à l'origine de cet effet échauffant : le gingérol et le zingibérène.

Le gingérol est un composé phénolique à la saveur piquante. C'est lui qui donne au gigembre l'essentiel de cette saveur citronnée, nette et franche qui le caractérise.

Le zingibérène est un hydrocarbure végétal, qui en dehors du gingembre, est extrêmement rare dans la nature.

Scientifiquement, le pouvoir aphrodisiaque du gingembre  tient à son action vasodilatatrice sur les organes du petit bassin et à ses vertus  redynamisantes. Autrement dit, la consommation de gingembre augmente l'afflux sanguin et dissipe la sensation de fatigue, ce qui est favorable pour combattre l'impuissance et la frigidité.

Des expérimentations cliniques sérieuses ont permis de constater que l'homme qui mange du gingembre améliore sa spermatogenèse et son érection.

Les propriétés adaptogènes (celles qui aident à lutter contre le stress) et tonifiantes du gingembre, accroîssent le désir, libérent les inhibitions et favorisent l'orgasme, aussi bien chez l'homme que chez la femme.

Je rappelle que toutes ces propriétés sont liées à la consommation de la racine de gingembre frais. Le gingembre sec est aussi un ingrédient classique de cuisine épicée, mais ses vertus aphrodisiaques, si elles subsistent, sont devenues insignifiantes.

Lorsque vous achetez du gingembre, préférez - si vous avez le choix - celui qui provient d'Inde ou d'Afrique. (Depuis bien longtemps déjà,  le gingembre est cultivé aussi à grande échelle dans l'île de la Jamaïque (Antilles), et plus récemment en Chine. Mais ce gingembre-là, s'il a souvent plus bel aspect aux yeux des Occidentauc, n'a pas un goût aussi appréciable en fine cuisine.)

Après un épluchage parfois fastidieux, le gingembre peut être soit coupé, haché ou rapé pour être ajouté aux plats. C'est cependant sous sa forme rapée qu'il libère le mieux son jus,  plus particulièrement riche en principes thérapeutiques.

Le meilleur gingembre est celui qui forme un "main". On appelle "main de gingembre" les jeunes racines des extrémités de sa souche, ressemblant à une multitude de doigts minuscules aux formes très tourmentées. Sa préparation est plus laborieuse, mais il est nettement supérieur aux gros rhizomes.

A ceux qui privilégient le régime sans sel, le gingembre, riche en sodium, permet de se dispenser de cet ingrédient dans l'assaisonnement.

Outre ses propriétés aphrodisiaques, le gingembre possède d'innombrables autres vertus. En cuisine, il stimule notamment les sécrétions digestives et facilite la digestion. Il soulage les maux d'estomac et les états nauséeux liés au "mal du voyage" ou au début de la grossesse.

Il apaise les coliques, réduit les flatulences et stimule l'appétit.

Récemment, son action anti-cancérigène a été scientifiquement démontrée.

Pour terminer, voici pour votre bon plaisir, une petite recette de "thé de gingembre", version José.

 

"Thé" de gingembre

Ingrédients

1/2 càc de gingembre en poudre

1 càc de miel

250 ml d'eau bouillante

1 càS de cognac

 

Préparation

Mélanger le gingembre et le miel dans l'eau bouillante.

Ajouter un soupçon de cognac et laisser tiédir avant de boire.

 

Souverain pour soulager le rhume ou la grippe, ou simplement pour se détendre.

 

Bien chlorophyllement vôtre,

 

José

 

   Gigembre (home.hiroshima-u.ac.jp)